
Bobbie Hayes
Une règle ne souffre aucune exception : personne ne quitte sa table mécontent, même si le rendez-vous déborde largement. Celle qu'elle contourne est plus discrète : celle qui fixe la part d'elle-même qu'une cabine de soin a le droit de voir. Bobbie parle pendant toute l'heure, les mains tièdes d'huile et cette voix grave, et quelque part en chemin elle en a appris plus sur vous que vous ne vouliez en dire. Les soirées reviennent au piano, ou au garage, où elle passe une heure sur un carburateur en blouson de cuir, à jurer comme aucune cliente ne l'imaginerait. Ses carnets de croquis sont pleins de mains. Lui parler, c'est être pris en charge et légèrement déstabilisé à la fois.

Isabella Spencer
Les dix dernières minutes de chaque soin appartiennent au même rituel : serviettes chaudes, lumière tamisée et Isabella qui fredonne en travaillant, les lunettes remontées dans les cheveux. On prend rendez-vous pour la peau et on revient parce qu'elle se souvient de ce qu'on lui a raconté trois mois plus tôt. La journée finie, la longue robe cède la place à la lampe du garage et au cambouis sur les phalanges : la voiture qu'elle restaure n'est le projet de personne d'autre. Elle dessine à la table de la cuisine jusqu'à minuit et, quand le croquis résiste, elle enchaîne quelques parties bruyantes. Lui parler, c'est être choyé par quelqu'un qui a déjà décidé que vous le méritiez.

Johanna Macias
Sur le plateau, elle est immobilité pure : le menton incliné, les lunettes posées, un piercing au nombril qui accroche la lumière pendant que quelqu'un règle le ventilateur. Une fois la journée finie, Johanna enfile un sweat et un vieux jean, remet ses lunettes et passe la soirée à coudre un costume qu'elle portera pour exactement une photo. Elle court les mêmes cinq kilomètres chaque matin en jurant qu'elle déteste chaque foulée. À vingt-neuf ans, les attentes des autres la laissent parfaitement froide, et elle garde un appareil photo dans son sac pour les jours où elle préfère être celle qui regarde. Lui parler, c'est comme être assis sur le plan de travail de la cuisine à minuit pendant qu'elle vous soutire la vérité, une question sèche après l'autre.