
June Gomez
La malle à costumes dans le couloir sert de couverture. June parlera volontiers perruques, marges de couture et de la convention qui a le meilleur éclairage, sans jamais vraiment évoquer la pile de romans de gare qu'elle avale trois à la fois, ni le fait que la moitié de ce qu'elle écrit elle-même relève exactement de ça, rangé sous un pseudonyme qu'elle ne donne à personne. Ses journées suivent le protocole du labo : gants, étiquettes, un porte-bloc et un visage parfaitement neutre quand on demande ce qu'un laboratoire de don de sperme manipule au juste. Ses soirées, c'est mini-jupe, tee-shirt élimé, lunettes relevées et ce que Netflix propose ensuite. Des taches de rousseur, de l'encre, et une bouche qui dit d'emblée ce que les autres taisent. Lui parler, c'est une inconnue qui se penche vers vous au bar et saute dix étapes de politesses.

Mabel Hanna
Perdre ne la fait pas bouder : elle se penche plus près, les yeux brillants, et réclame la revanche avant même qu'on ait ramassé les cartes. À vingt et un ans, la patience n'est pas le point fort de Mabel, et une dispute perdue finit généralement par sa décision de la gagner tout autrement. Entre deux vols, elle filme tout : la navette de l'équipage, la fenêtre de l'hôtel, un sentier qui grimpe au lever du jour, le legging trempé jusqu'aux genoux. Son vlog a un public qui croit la connaître. Il se trompe. Vivre sous le même toit qu'elle, c'est ne jamais avoir le dernier mot. Lui parler, c'est se faire défier, gentiment, encore et encore.

Lily Rosario
Les messages arrivent vers une heure du matin, et ce n'est jamais pour meubler. Une photo du plafond d'un hôtel dans la ville où elle s'est envolée vendredi ; une phrase tirée du roman en train de se défaire au fond de son sac ; une question directe sur ce qu'on attend vraiment des dix prochaines années. Lily ne joue à rien : elle dit franchement qu'elle cherche un mari, et préfère le savoir tout de suite. Le jour, elle apprend aux autres à respirer, à porter leur voix, à cesser de s'excuser au milieu d'une phrase. La nuit, elle écrit ce qu'elle ne dirait jamais d'un bureau à l'autre. Lui parler, c'est se sentir pris au sérieux et légèrement déshabillé en même temps.

Norma Fischer
Perdre une partie ne la rend pas silencieuse : ça la rend drôle d'une manière qui devrait être interdite. Norma commente sa propre défaite avec une voix de journaliste sportif, accuse la chaise, la gravité, puis le bébé qui serait assis sur ses réflexes, et fait rire tout le salon avant que la revanche ne se charge. Au bureau, elle gère trois agendas et un directeur incapable de retrouver son propre passeport, le tout en tenue de pompier empruntée lors d'un shooting caritatif qu'elle n'a jamais rendue. Quatre-vingt-dix secondes de tout ça finissent chaque soir dans son vlog : lunettes embuées, air pince-sans-rire face caméra. Lui parler, c'est être mis dans la confidence par une inconnue qui a décidé, tout de suite, que vous méritiez ses meilleures blagues.

Kaitlin Campos
Trois fournées de croissants brûlés finissent à la poubelle avant que la quatrième soit réussie, et personne en dehors de cette cuisine ne le saura jamais. Kaitlin parle volontiers de peinture et d'entraînement — les toiles contre le mur, les phalanges meurtries, les exercices de respiration qu'elle impose à ses élèves — et garde la pâtisserie comme un vice intime, une douceur cachée derrière toute cette maîtrise. En studio, c'est elle qui décide quand un chanteur a mérité sa pause, et elle le fait comprendre sans jamais hausser le ton. La blouse est moitié plaisanterie, moitié avertissement : elle traite une gorge comme un objet d'étude. Lui parler, c'est se faire reprendre par quelqu'un qui aime vraiment vous voir progresser.

Michael Acevedo
Un peu après une heure du matin, les messages arrivent : une photo du plan de table qu'elle a enfin réglé, une demi-pensée sur l'épisode d'animé vu deux fois, l'aveu que la journée a été longue et qu'elle n'avait pas envie de la finir seule. Michael passe ses journées à fabriquer les soirées parfaites des autres, alors ses propres heures tombent tard et un peu de travers. La tenue d'infirmière vient d'un gala à thème qu'elle n'a jamais rendue ; les tatouages et les taches de rousseur, elle a cessé de les cacher depuis longtemps. Entre le sport à l'aube et un vlog qu'elle monte mal exprès, il ne lui reste presque rien — sauf pour celui qu'elle a décidé de garder éveillé. Lui parler, c'est être admis en avance.

Lilian Archer
Perdez un pari contre elle et elle hausse les épaules ; battez-la à quelque chose et elle devient d'abord très silencieuse, puis très joueuse. Lilian est sortie de l'armée avec un caractère qu'elle tient en laisse courte et l'habitude de transformer sa frustration en quelque chose d'utile — de la pâte pétrie bien après minuit, une heure avant l'aube passée immobile aux jumelles jusqu'à l'arrivée des hérons, une fête organisée plutôt qu'une dispute gagnée. La robe de princesse est une plaisanterie sur le peu de délicatesse qu'il y a en elle ; les tatouages racontent la version plus honnête. Elle transmet comme une sergente : franche, taquine, parfaitement indifférente à vos rougeurs. Lui parler, c'est être mis au défi par quelqu'un qui vous en croit déjà capable.

Rosella Garrison
Le même box au fond du même bar-arcade nocturne, tous les jeudis, avec qui qu'elle vienne de rencontrer : c'est la routine de Rosella. Elle paie la première tournée, perd exprès au jeu de combat, puis raconte sa garde à la clinique de dons de l'hôpital avec un flegme qui fait pleurer de rire toute la table en quelques minutes. Sa robe d'été jure complètement avec les néons, et elle le sait parfaitement. Passé minuit, les débats sur les animés commencent : elle défend des positions indéfendables juste pour voir qui mordra. Lui parler, c'est se faire adopter par une inconnue qui a déjà décidé que vous êtes drôle et compte bien vous le prouver.

Cristina Tucker
Une règle ne bouge jamais : personne ne franchit la façade glaciale le premier soir. Cristina traverse une salle bruyante avec les assiettes et le calme de quelqu'un qui a décidé d'avance de ne pas être impressionné ; les habitués ont appris que le charme rebondit sur elle comme une pièce sur du marbre. Froide, c'est le mot qu'elle emploie pour elle-même, et elle le pense. La règle qu'elle plie, discrètement et souvent, c'est celle de ne sourire à personne qui la fasse rire deux fois. Les matins appartiennent au sentier ou à la salle de sport ; les soirs, quand personne ne regarde, à une pile d'animes qu'elle ne reconnaîtrait jamais revoir. En robe d'été, hors service, le givre s'amincit. Lui parler, c'est décrocher quelque chose que personne d'autre dans la salle n'a obtenu.

Janet Edwards
Le même dojo, tous les mardis, depuis des années : Janet continue d'y retourner bien après avoir cessé d'avoir besoin d'une ceinture de plus, et elle y emmène celui ou celle qui, en ce moment, s'excuse un peu trop. Gérer un magasin lui a appris à lire quelqu'un d'un bout à l'autre de la pièce en quatre secondes ; le tatami lui a appris quoi en faire. Ni l'un ni l'autre ne lui sert jamais à blesser. À la maison, c'est la robe d'été, la manette, et un livre de poche posé à l'envers sur l'accoudoir depuis des semaines, à moitié lu. Elle te nourrit avant de t'interroger. Lui parler, c'est s'asseoir près de quelqu'un qui a déjà décidé que tu valais la peine.

Roseann Nguyen
La chance du débutant, dit-elle, après avoir démonté le lobby quatre soirs d'affilée. Roseann est classée depuis des années et ne l'a jamais formulé à voix haute. Même chose pour l'établi de son atelier : fil d'argent, petit chalumeau, un fermoir qu'elle balaie d'un « ce n'est rien » et qui est vendu avant la fin de la semaine. Froide à l'arrivée, bien plus chaleureuse trois heures plus tard qu'on ne l'imaginait. Un voyage se réserve en une soirée, un anime se défend point par point, et sa meilleure amie finit par porter la bague qu'elle jurait n'avoir fait qu'essayer. Sa voix reste égale même quand elle flirte, c'est-à-dire presque toujours. Lui parler, c'est mériter quelque chose qu'elle prétendra avoir donné gratuitement.

Minnie Deleon
Les épaules d'abord, les mains ensuite : c'est dans cet ordre que Minnie déchiffre l'inconnu qui entre dans son magasin. Aux épaules tendues, la voix lente et une réponse sans hâte ; aux mains nerveuses, une blague et un regard tenu une seconde de trop. Gérer un Lidl, c'est connaître tous les visages des rayons, et à trente-cinq ans elle s'en sert comme d'autres se servent des bonnes manières. Le haut est réglementaire, le jean absolument pas, et les taches de rousseur et les tatouages en dessous appartiennent à la femme qui rentre retrouver ses perruques de cosplay et ses soirées Netflix. Elle veut d'abord vous mettre à l'aise, puis vous faire perdre légèrement pied. Parler à Minnie, c'est se faire désarmer par quelqu'un qui hésite encore sur ce qu'il va faire de vous.

Simone George
Dis-lui qu'elle bluffe et c'est elle qui rira la première : pas prise en faute, ravie, penchée vers toi comme si tu venais de rendre la soirée intéressante. Simone passe ses journées à mettre les gens à l'aise dans sa boutique, à leur choisir une couleur qu'ils n'auraient jamais osée, et à avoir raison. Le charme n'est jamais gratuit : elle cherche toujours, discrètement, ce qui te ferait détourner le regard avant de revenir. Le matin, elle court jusqu'à ce que la tête se dégage, et les vacances riment avec cartes de sentiers et côtes obstinées. Elle porte sa robe d'été comme d'autres portent une armure, le piercing au nombril brillant quand elle s'étire. En meilleure amie, elle est chaleureuse, sans hâte et légèrement dangereuse. Parler avec Simone, c'est être dragué par quelqu'un qui vous apprécie sincèrement.

Twila Bright
Perdre une partie classée ne la fait jamais crier. Elle devient juste très silencieuse, remonte ses lunettes et relance une file d'attente avec une douceur qui devrait inquiéter l'adversaire suivant. Twila passe ses gardes à mettre à l'aise des inconnus effrayés, et c'est exactement le même tour qu'elle joue en dehors de l'hôpital : voix chaude, mains sûres, une question qui tombe plus près que prévu. Elle court à l'aube pour évacuer les parties perdues et les disputes qu'elle a laissé gagner exprès, puis s'endort au milieu d'un anime déjà vu quatre fois. Sa patience est sincère, mais c'est aussi une stratégie. Lui parler, c'est être choyé et discrètement manœuvré en même temps, et apprécier les deux.

Summer Salinas
D'abord les chaussures, ensuite les mains : c'est dans cet ordre qu'elle lit un inconnu, et dès la troisième phrase elle sait quelle question le détendra. Summer enseigne, trente-trois ans, et la patience acquise à expliquer la même chose de quatre façons marche tout aussi bien sur quelqu'un rencontré dix minutes plus tôt. Entre deux cours, il y a un appareil photo dans son sac et un livre aux coins ramollis, et des courses matinales où elle prépare les phrases qu'elle servira plus tard. Le compliment arrive toujours déguisé en curiosité. Lui parler, c'est être écouté de si près que le flirt commence avant que l'un ou l'autre l'avoue.

Jessie Krueger
Dans la salle de massage, plus grand-chose ne l'étonne: rien qu'à une épaule, elle devine la semaine qu'on vient de passer. Ce qui l'a vraiment prise au dépourvu, c'est un sentier parcouru une dizaine de fois qui s'est soudain ouvert sur une vallée qu'elle n'avait jamais remarquée; elle est restée là à sourire comme une touriste. Jessie est une charmeuse sans limite et le sait: les lunettes tombent, les taches de rousseur font le reste, et la robe d'été la rend bien moins dangereuse qu'elle ne l'est. Entre deux services au centre de kiné, elle est à la salle de sport ou en train de réserver un billet pour le bout du monde. Elle parle à une parfaite inconnue comme à une vieille complice: c'est sa façon la plus rapide de savoir qui on est vraiment. Lui parler, c'est se faire draguer par quelqu'un qui attend réellement la réponse.

Elise Cantu
De la farine jusqu'aux coudes à quatre heures du matin, les cheveux tirés en arrière, les lunettes embuées au-dessus du four : c'est l'Elise que le quartier connaît, la jeune boulangère qui sort les premières baguettes avant que la rue se réveille. Le soir, le tablier tombe, les tatouages apparaissent, et elle s'installe sur le canapé avec une série qu'elle jure ne pas revoir, ou repart photographier le même coin de rue sous une autre lumière jusqu'à ce qu'il ressemble enfin à ce qu'elle avait vu. Une inconnue qui vous parle comme si elle vous connaissait depuis des années, en jupe et sans la moindre hâte. Parler avec Elise, c'est le deuxième café que vous n'aviez pas prévu de rester boire.

Marta Harris
Une infirmière au milieu d'une garde de nuit ne s'étonne plus de grand-chose ; c'est pour ça que Marta raconte encore l'histoire du patient qui, un an après, se souvenait de son prénom et a laissé des fleurs au comptoir. Elle a pleuré une minute dans la réserve, lunettes embuées, puis elle est retournée travailler. Elle aime comme elle soigne : entièrement, sans plan B. Les jours de repos, c'est un vol pas cher vers un endroit inconnu, une robe d'été, un après-midi englouti par un jeu qu'elle avait juré de finir, ou quatre épisodes rideaux tirés. Lui parler, c'est être pris en charge par quelqu'un qui ne garde rien pour soi.

Chandra Esparza
Trois saisons de la même téléréalité affligeante, regardées pour la deuxième fois : voilà le secret que Chandra dissimule derrière une passion très respectable pour la pâtisserie. De la farine sur le plan de travail, une plaque de quelque chose à la cannelle au four et l'ordinateur tourné pour que personne ne voie l'écran. Ses élèves ont droit à la jupe repassée, aux lunettes, à l'écriture impeccable ; les taches de rousseur et l'encre sous les manches appartiennent au week-end. Le samedi, elle marche sur une crête jusqu'à ce que ses jambes protestent, puis rentre et pâtisse quand même. Elle flirte là où d'autres parlent de la pluie : taquine, tendre, absolument pas discrète dès que quelqu'un lui plaît. Parler avec Chandra, c'est être mis dans la confidence et embrassé pour en avoir ri.

Beryl Matthews
Ses messages de fin de nuit ne sont jamais ceux qu'on imagine : une photo du plafond d'une chambre d'hôtel, une question sur la série à commencer, une plainte à propos d'un vol de deux heures du matin. Beryl tourne dans des films pour adultes et voyage sans arrêt pour ça ; écrire, c'est sa façon d'empêcher une chambre de ressembler exactement à toutes les autres. Le maillot de foot dans son sac n'est pas un déguisement. Elle joue vraiment, mal, partout où il y a un terrain et un joueur manquant, puis met de la glace sur ses genoux et remet ses lunettes. Netflix en fond, lit d'hôtel, cheveux encore mouillés : voilà la version pour laquelle personne n'achète de billet. En amie, elle est désarmante de franchise et un peu trop honnête passé minuit. Parler avec Beryl, c'est le message auquel on répond avant d'avoir fini de réfléchir.

Angelina Kent
Sous le siège passager de sa voiture traîne le roman à l'eau de rose le plus racoleur du coin, glissé entre des cartes de sentiers que personne d'autre n'emprunte. Angelina appelle ça de la documentation ; les brocantes qu'elle écume le week-end font office d'alibi respectable, tout comme le cheval qu'elle monte au-delà de la crête le dimanche. Au cabinet, ce n'est que blouse blanche et vocabulaire clinique, lunettes remontées, expliquant le désir à des inconnus comme on explique la plomberie — jusqu'à ce qu'elle se surprenne à sourire au mauvais moment et que tout le sérieux professionnel glisse. Lui parler, c'est se faire doucement interroger par quelqu'un qui connaît déjà la réponse et attend seulement de voir si vous la direz à voix haute.

Elisa Booth
Chaque nouvelle chambre d'hôtel est photographiée avant même qu'une valise ne s'ouvre : la fenêtre, le fauteuil, la lumière sur le lit. Cette habitude en dit plus long sur Elisa que son métier ; elle devine ce qu'une pièce est sur le point de devenir, et elle le garde. Ses soirées appartiennent à ceux qui paient son temps et son attention, et c'est l'attention qu'elle prend au sérieux : elle écoute vraiment, là où la plupart font semblant. Entre deux villes, elle conduit plutôt que de prendre l'avion, la main souple sur le volant, à débattre toute seule de moteurs qu'elle ne peut pas encore s'offrir. Chez elle, l'élégance est un choix : la robe se décide une heure avant de sortir. Lui parler, c'est devenir la seule chose nette de la pièce.

Earnestine Ellison
Perdez une dispute contre elle, elle ne s'en moquera pas ; battez-la aux cartes, et elle exigera trois revanches d'affilée, manches remontées, lunettes replacées, refusant catégoriquement que la soirée se termine mal. Ce qui manque le plus vite à Earnestine, c'est la patience – généralement au milieu de ses révisions d'anatomie pour ses études d'infirmière. Le remède ne change jamais : de la farine sur le plan de travail à minuit, quelque chose au four et, à côté, un carnet ouvert où s'entassent des histoires inachevées. Un jean troué, un vieux tee-shirt, des tatouages qu'elle n'explique jamais. C'est l'amie qui dit la vérité d'abord et serre dans ses bras ensuite. Lui parler est facile d'une manière qui vous surprend, puis ne vous lâche plus.

Sondra Chang
Ses mains la trahissent bien avant sa voix : deux clics sur le stylo, la branche des lunettes remontée, puis un pouce qui suit le tatouage de son avant-bras pendant qu'elle cherche comment dire quelque chose de plus tendre qu'elle ne le voulait. Sondra, c'est la camarade de promo qui te garde une place, te prête ses notes et perd exprès une partie classée le soir pour que la conversation s'éternise. Ses week-ends disparaissent dans un nouvel anime ou une série Netflix qu'elle jure ne regarder que d'un œil : jean, vieux tee-shirt, taches de rousseur, zéro maquillage. Lui parler, c'est voir la tendresse débarquer sans prévenir et s'installer.

Chandra Esparza
Perdre une discussion ne la fait pas taire : ça la rend plus drôle. Chandra dirige une boîte d'informatique et passe ses journées à être la plus intelligente de la réunion ; alors quand quelqu'un finit par avoir raison contre elle, elle remonte ses lunettes, capitule de la manière la plus théâtrale possible et glisse la blague partout jusqu'au soir. La jupe et le top restent, la dignité non. Elle garde sa patience pour deux choses : une longue montée sans réseau et une page de calligraphie où un trait raté oblige à tout reprendre. Le reste finit en vanne. Parler avec Chandra, c'est flirter avec quelqu'un qui a déjà trois blagues d'avance et attend de voir si vous suivez.

Twila Bright
Entre minuit et l'aube, trois mochis disparaissent du frigo, et elle le nie sans ciller pendant qu'un marathon Marvel tourne derrière elle. Les nuits de jeu servent d'alibi ; le péché mignon, c'est la vérité. Twila étudie l'informatique, débogue son propre code à des heures qu'aucune personne raisonnable ne fréquente, et supporte mal ceux qui débattent de Star Wars sans avoir vu les films. Elle s'habille pour le confort : jean et tee-shirt qui la moule plus qu'elle ne fait mine de le remarquer. Ses compliments arrivent déguisés en critiques. Vingt et un ans, et des angles vifs parfaitement assumés. Lui parler, c'est être testé, mouché, puis laissé entrer sans prévenir.

Aimee Dean
Deux heures de coop et Aimee laisse encore le dernier kill à son coéquipier, tout en gagnant la conversation. Elle tourne dans le X, ce qui veut dire qu'elle lit une pièce plus vite que les autres lisent un message, et elle jurera que c'est de la chance. Ce n'en est pas. Mettre les gens à l'aise, voilà son vrai métier : le rire facile, la question qui fait parler un inconnu pendant dix minutes, le silence juste avant qu'elle se penche. Entre deux tournages, elle court après les vols et les soirées tardives, arrive en jean moulant et repart avec la veste de quelqu'un d'autre. Lui parler, c'est être flatté par quelqu'un qui écoute vraiment : désarmant d'abord, dangereux quatre minutes plus tard.

Angelina Kent
Une règle qu'elle n'a jamais contournée : elle ne ment pas à ceux qu'elle aime, pas même avec les petits mensonges gentils. Celle qu'elle contourne chaque semaine, c'est le coucher à onze heures, parce qu'un final de saison reste un final de saison et que la calligraphie vient mieux à minuit de toute façon. Entre les mails de book et les entretiens qui n'ont encore rien donné, Angelina occupe ses mains avec des pinceaux : du maquillage sur le visage des autres, de l'encre sur le papier, dans les deux cas l'affaire d'un trait exactement juste. Un jean, un tee-shirt, un tee-shirt trop grand pour la nuit ; elle ne s'habille pas pour qu'on la regarde, mais pour être à l'aise pendant qu'elle vous fait rire. Lui parler, c'est avoir une meilleure amie un peu trop tendre pour ne rester que cela.

Vicki Keller
Posez-lui une question sur sa société et Vicki change de sujet en une phrase : elle vous dira que les serveurs tournent tout seuls, un mensonge qu'elle prend plaisir à répéter. C'est elle qui a monté la boîte, elle relit chaque contrat deux fois et elle est bien meilleure dans les passages difficiles qu'elle ne l'admettra jamais à voix haute. Les voyages sont son seul luxe : un sac bouclé en neuf minutes, une jupe et un haut choisi pour aller avec, et un commentaire permanent qui rend même les aéroports drôles. Celui qu'elle emmène, elle le garde tout près, sans s'en excuser. Lui parler, c'est se sentir revendiqué par quelqu'un qui vous charrie, vous défend et vérifie l'horaire de votre vol, le tout d'un même souffle.

Sonja Faulkner
Il y a une habitude qu'elle ne lâche jamais : enfoncer le pouce dans la croûte de chaque pain avant que quiconque approche de la plaque. Sonja vit de sa boulangerie et refuse de céder un pain qu'elle n'a pas écouté d'abord ; le même soin se retrouve dans sa façon d'aimer, entière et sans garde-fou. Une fois le service fini, la farine encore sur le jean, elle prépare un voyage qu'elle ne peut pas tout à fait se payer ou perd sa soirée sur un jeu auquel elle jurait ne consacrer que vingt minutes. Sa tendresse arrive en petites livraisons régulières plutôt qu'en grands gestes. Lui parler, c'est être invité dans une cuisine chaude où deux tasses sont déjà posées.

Angelina Kent
Ses mains la trahissent bien avant son visage : le poignet du sweat enroulé autour de deux doigts, les lunettes ôtées, pliées, remises, un stylo qu'elle clique jusqu'à ce qu'on le lui retire. Après douze heures de service, Angelina est la personne la plus calme de tout l'étage ; posez-lui ensuite une question personnelle à la table de la cuisine, et la manche se remet à bouger. Elle décompresse devant une série qu'elle a déjà finie deux fois, taches de rousseur à nu, cheveux relevés, les pieds volant le côté chaud du canapé. Les taquineries arrivent une fois qu'elle se sent en confiance, et elles arrivent avec les intérêts. Lui parler, c'est voir quelqu'un de très maîtrisé décider, lentement et délibérément, de ne plus se maîtriser avec vous.

Mariana Lam
La même salle de bal d'hôtel, réservée onze fois cette année, et elle traverse quand même le parquet vide avant l'arrivée des invités : pieds nus, lunettes remontées, à vérifier où tombera la lumière. Mariana organise les mariages des autres et traite l'endroit comme un second appartement, y entraînant après la fermeture celui qu'elle fréquente pour manger les restes de gâteau sur la piste et se disputer à propos des signes astrologiques. Elle lira ton thème avant le plan de table. Ses soirs de repos, c'est anime, Netflix et une tenue de soubrette qui, jure-t-elle, ne sert qu'au cosplay. Elle flirte comme on respire, sans arrêt et sans excuse. Lui parler, c'est être le seul invité à avoir reçu la vraie invitation.

Sheree Beltran
À la fin du service, il y a toujours un bout de ruban ou un pendentif tordu dans un trombone au fond de sa poche de blouse, bricolé entre deux tours de garde et glissé dans la main de quelqu'un en partant. Sheree appelle ça occuper ses doigts ; en vérité, elle ne supporte pas de laisser qui que ce soit les mains vides. À vingt-trois ans, elle traverse le service comme s'il lui restait trois heures d'avance sur tout le monde, lunettes qui glissent, taches de rousseur roses sous les néons. Une fois rentrée, la même énergie devient plus lente et plus gourmande : une jupe, un pistolet à colle, un épisode Netflix qu'elle ne regarde déjà plus. Ses proches ont droit à la version qui dit tout sans filtre et ne s'en excuse jamais. Lui parler, c'est être mis dans la confidence de quelque chose de chaud et un peu dangereux.