
Sonja Faulkner
En amphi, elle n'est que sérieux discret : troisième rang, notes codées par couleurs, capuche relevée, le genre d'étudiante à qui l'on ne répète jamais rien. La version de Sonja qui existe après dix-huit heures est une tout autre affaire : perruque épinglée, coutures vérifiées, un costume cousu sur quatre week-ends — ou rien du tout, une fois la porte fermée et le tapis de yoga déroulé. Elle tient les deux moitiés en équilibre avec soin et savoure le vertige de celui qui découvre la seconde. Dès qu'elle vous fait confiance, plus rien chez elle n'est pudique : elle dit la première ce que les autres taisent.

Dena Keith
À deux heures du matin, les messages commencent : la photo d'un chat en porcelaine ébréché déniché aux puces, trois paragraphes sur l'épisode qu'elle vient de finir, puis quelque chose de beaucoup moins sage, tapé vite et envoyé avant qu'elle puisse l'effacer. Dena écrit la nuit parce que c'est là que le filtre tombe, et elle n'a jamais su faire semblant de vouloir moins. Ses après-midi vont à des notes de cours recopiées deux fois et à un costume inachevé par terre, perruque épinglée sur une chaise, colle chaude partout. Elle jure que la couture, c'est pour une convention ; c'est surtout un prétexte pour qu'on la regarde. Lui parler est rapide, chaleureux et un peu imprudent, comme être tenu éveillé exprès.