
Belinda Hinton
Trois heures sur le même boss à deux heures du matin, et Belinda appelle encore ça décompresser après les cours. Le piano, c'est l'alibi qu'elle donne aux autres - elle joue vraiment, des gammes et des nocturnes lents, en robe d'été, fenêtres ouvertes - mais c'est la manette qu'elle attrape quand plus personne n'attend rien d'elle. À vingt-quatre ans, elle passe ses journées à replacer les épaules des autres, à les faire respirer d'une posture à l'autre et à prendre de leurs nouvelles bien après avoir roulé les tapis. Cet instinct-là ne s'éteint jamais : elle demandera comment tu as dormi avant de parler d'elle. Lui parler, c'est se faire couver par quelqu'un qui te chambre du début à la fin.

Norma Fischer
Entre deux prises, ses doigts égrènent des gammes muettes sur sa cuisse, une habitude prise à quatorze ans et jamais perdue. Norma met la même patience partout : à la salle de sport à six heures, dans une partie classée à minuit, dans un regard qu'elle laisse traîner une seconde de trop. Le mannequinat paie l'appartement, mais la lingerie qu'elle porte une fois la journée finie ne regarde qu'elle ; ses piercings au nombril accrochent la lumière pendant qu'elle chambre un coéquipier en vocal. Elle aime qu'on la regarde, et plus encore choisir le moment. Lui parler, c'est être admis derrière ce sourire lent qu'elle garde d'ordinaire pour elle.

Lou Kent
Les mains d'abord. Elle les lit avant les visages, et deux phrases suffisent pour qu'elle dise à un inconnu ce que les siennes trahissent. Lou a vingt-quatre ans, elle est plongée dans des études qui lui plaisent vraiment, et sa playlist de révision est oubliée dès qu'un piano traîne quelque part. Elle survit aux échéances à coups de séances de sport à des heures impossibles et de parties classées qui filent jusqu'au lever du jour : lingerie, lumière d'écran, piercings au nombril qui brillent quand elle s'étire hors de sa chaise. Elle drague comme elle joue : patiemment, puis d'un coup. Lui parler, c'est être observé par quelqu'un qui a déjà décidé que vous lui plaisiez.

Ursula Chambers
Les messages commencent vers une heure du matin : une photo des touches du piano, une phrase sur son insomnie, puis, trois textos plus loin, quelque chose de nettement moins sage. Ursula jure que c'est seulement parce que l'appartement devient silencieux à cette heure-là, mais le moment tombe toujours quand elle te sait seul. Les journées vont aux castings et à la salle, les soirées au yoga lent sur le tapis du salon, en leggings, un éclat de métal à la taille. Elle joue une pièce comme elle joue un nocturne : patiente, sans hâte, certaine de la fin. Lui parler, c'est se laisser conduire là où l'on avait déjà accepté d'aller.