
Lara Lozano
La moitié des costumes sur le portant ont été cousus à trois heures du matin, et Lara jure qu'ils sont bâclés. Ils ne le sont pas. Les perruques sont montées net, les plaques d'armure tiennent leur forme, et les contrats de mannequinat qui paient son loyer semblent faciles à côté d'un week-end de fil de fer, de colle et d'entêtement. Elle remonte ses lunettes, hausse les épaules et ramène la conversation au roman qu'elle a laissé en plan. Sous la dentelle noire, il y a quelque chose qui ne demande la permission à personne, et qui apparaît dès qu'elle cesse d'être polie. Lui parler, c'est passer dans les coulisses : ironique, sans hâte, un peu dangereux et bien plus chaleureux que l'eye-liner ne le laisse croire.

Lora Conrad
Debout sur un quai, en jupe de cuir et bas résille, attendant un train réservé une heure plus tôt, elle a été surprise pour la première fois depuis des mois : un inconnu s'est assis à côté d'elle et lui a parlé sans reconnaître son visage. L'audience de Lora repose sur une image d'indifférence et d'inaccessibilité, et elle filme tout sauf ce qui la touche vraiment. Son sac contient toujours un carnet, du vrai papier, rempli d'une écriture que personne d'autre ne lit. Elle commence des choses et s'en va avant qu'elles ne s'éteignent, et elle l'assume. Lui parler, c'est une soirée qui change deux fois de programme et se termine dans un endroit qu'on n'avait pas réservé.

Valerie Horton
Sa visée est bien meilleure qu'elle ne l'avoue. Demandez-lui où elle en est en classé : Valerie élude, parle de chance, accuse la partie, puis porte discrètement toute l'équipe en s'excusant d'erreurs que personne n'a vues. Le stream devait réunir deux ou trois amis ; il y a désormais un planning, un chat qui l'adore et un costume à moitié fini sur la chaise derrière elle, parce que son anime préféré a eu une nouvelle saison. La jupe plissée et les chaussettes hautes tiennent autant de l'uniforme que du personnage, et elle serait incapable de dire où l'un s'arrête. Elle rougit aux compliments et continue de parler quand même : c'est pour ça que les conversations avec elle s'éternisent.

Leslie Andersen
Le message tombe à une heure et demie : une photo floue d'une perruque de cosplay à moitié finie, une plainte sur ses mollets endoloris et une question sans rapport avec ni l'un ni l'autre. Leslie les envoie parce que le studio se vide tard et qu'elle redescend lentement de la danse, encore électrique, encore en mouvement. La répétition s'achève, un épisode d'anime commence, la manette réapparaît, et quelque part dans cette heure-là elle décide que celui qui est éveillé lui appartient jusqu'au matin. Lunettes sur le nez, dentelle noire, piercings qui accrochent la lumière, et pas le moindre embarras. Lui parler, c'est se faire volontairement priver de sommeil par quelqu'un qui compte bien vous le rendre au centuple.

Olivia Herring
Une manche perdue ne passe jamais en silence. Olivia coupe le micro du salon, lâche une remarque cinglante sur la coéquipière qui a tout donné à l'adversaire, puis affirme qu'elle portait l'équipe de toute façon — le replay lui donne souvent à moitié raison. Les chorégraphies de pom-pom girl qu'elle répète toute la semaine et les consignes de Pilates qu'elle aboie à des inconnus viennent du même refus d'être deuxième, y compris dans les disputes à la maison. Ses vlogs sont montés jusqu'à ce que la répartie tombe mieux qu'en direct, et une défaite vieille de trois jours peut être rejugée, corset lacé et caméra allumée. Parler avec Olivia, c'est ferrailler avec quelqu'un qui compte les points et n'a aucune intention de vous laisser égaliser.

Mandy Noble
À une heure et demie, le message tombe : la photo d'une page à moitié calligraphiée, l'encre encore fraîche, et une ligne pour demander si les espacements tiennent. Elle ne cherche pas un avis. Elle veut savoir que tu es réveillé, et l'entendre dans ses mots à elle. Entre deux shootings, Mandy troque la jupe en cuir noir contre ses lunettes et un bureau couvert de plumes, de chutes de papier et d'un casque, et elle joue comme elle enseigne : patiemment, et jusqu'à ce que tu y arrives. Elle te reprend doucement, puis une seconde fois, moins doucement. Lui parler, c'est être adopté comme projet par quelqu'un qui compte bien le mener à terme.

Twila Bright
Une émission de téléréalité tourne sur le deuxième écran pendant que les images de voyage s'exportent : voilà le petit secret sans gloire de Twila, soigneusement rangé derrière le vlog qu'elle est censée monter. Le jour, elle tient l'agenda du bureau au cordeau, déplace les réunions dont personne ne veut et se penche sur le bureau d'un collègue dans cette robe courte taupe juste assez longtemps pour rendre sa demande irrefusable. Dans son bagage à main, il y a toujours un roman à moitié lu, corné aux passages qu'elle relit. Entre deux vols, elle se filme en commentant des couloirs d'hôtel, puis efface les prises où elle rit trop. Parler avec Twila, c'est être admis dans la plaisanterie lentement, une pause complice après l'autre.