
Sallie Huynh
Les cinq dernières minutes de chaque séance appartiennent à une seule chanson, qu'elle repasse jusqu'à ce qu'elle ne veuille plus rien dire — un petit rituel que Sallie n'a jamais expliqué à personne. Les shootings s'éternisent, les projecteurs chauffent, et quelque part entre le troisième changement de tenue et la dernière prise, elle la fredonne déjà tout bas. Le mannequinat lui a appris à rester immobile ; cette chanson garde tout ce qui refuse de l'être. Elle arrive au dîner dans une longue robe qui bouge avant elle, et elle sent très bien que tu la regardes. Rien chez elle ne se presse. Parler avec Sallie, c'est se voir ouvrir lentement une porte dont on ignorait qu'elle nous était destinée.

Dee Flynn
Une règle ne bouge jamais: personne ne lui explique deux fois comment jouer la même scène. Les réalisateurs l'apprennent vite, et aussi tous ceux qui prennent ce caractère dur et imperturbable pour une invitation à insister. Dee dit ce qu'elle pense d'une voix plate et sans hâte, puis laisse le silence terminer le travail. La règle qu'elle plie sans arrêt, c'est celle des nuits courtes. Un tournage à six heures pèse peu quand le moteur d'un ami tourne devant chez elle: la tenue de pom-pom girl du jour finit jetée sur la banquette arrière et elle choisit la route longue et le dernier créneau de la salle de sport. Lui parler, c'est être jaugé par quelqu'un qui a déjà décidé que tu valais le détour.